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Troisième chronique extraite de notre ouvrage SUR LA ROUTE 66 parue dans le bi-mensuel L’Auto-Journal. Rendez-vous au Nouveau-Mexique, à Santa Rosa, dans un dinner à l’ancienne. A lire cette semaine dans L’Auto-Journal n°840.
L’Auto-Journal, c’est qui ? c’est quoi ?
C’est un magazine bimensuel dédié à l’automobile créé en 1950 par Robert Hersant. Revendu en 1994 à l’éditeur anglais EMAP, le groupe de presse italien Mondadori le rachètera en 2006. Depuis octobre 2009, le magazine est détenu à part égale par Mondadori et l’éditeur allemand Springer.
Nouvelles infidélités à la « Soixante-Six » pour se rendre aujourd’hui dans le parc national du Mesa Verde (le «plateau verdoyant»). Réveil aux aurores. A 6 heures pile-poil pour un départ en moto à 7 heures. Ultime crochet par le canyon de Chelly que nous avons visité la veille par le Nord-Est. Cette fois, nous nous y rendons par le «chemin des écoliers» repéré la veille par Olivier notre fidèle motard accompagnateur. Spectacle vertigineux. Les à-pics sont saisissants. La lumière matinale a comblé Christophe le photographe ainsi que Fabien et Julie qui ont décidé de nous accompagner tout au long de cette chaude journée. En effet, il a fait chaud sur la route toute la sainte journée. Un vrai cagnard. 9 heures, halte à proximité d’un bâtiment pompeusement baptisé « Changing women café ».
Les pancartes plantées à proximité annonce la vente de café expresso. Cette « escale » soufflée par Julie va finalement s’avérer insolite. Nos motos à peine stationnées, la propriétaire nous fait signe de venir. Ses deux chiens se précipitent à ma rencontre. Je n’en mène pas large. D’apparence méchants, les chiens vont finalement s’avérer affectueux. La « maître des séans », cheveux longs bruns cachés derrière un bandana rouge, m’accueille chaleureusement :
- « Bonjour, je m’appelle Victoria Begay et je suis la propriétaire des lieux. Bienvenue à Chelly. Vous voulez ?
- Un espresso.. pour moi et mes amis ».
Mon regard brillant traduit sûrement mon envie d’un vrai café. J’en ai marre des insipides regular coffees servis partout. Je démarre mon interview en trombes quand les autres débarquent. Petit-déjeuner improvisé au rythme de tubes sirupeux dont des envolées lyriques de Céline Dion. Heureusement, les muffins de Victoria sont délicieux. Son expresso à 3 dollars pièce également. La discussion s’anime. Victoria est d’accord pour une séance photo avec son cheval. Victoria n’aime pas attendre. A peine sortie, la voilà déjà sur Jingle Bell, son cheval qu’elle monte à crû. Séance de photo précipitée. Victoria décide d’aller galoper le long de la rivière avant de rapidement se raviser :
- « J’ai une affaire à faire tourner. Des fois que des clients viendraient… »
Sur le chemin du retour, entretien sur le pouce pour en savoir plus sur Victoria, sa vie, ses projets et la culture navajo. L’an prochain, le café « Changing woman café devrait s’agrandir et accueillir des chambres d’hôtes. Victoria est formelle :
- « Revenez dans un an et vous verrez ! » précise la cavalière navajo toujours autant énergique et prompte à enchaîner les activités.
Malgré cette rencontre étonnante, il nous faut pourtant vite filer afin de rejoindre le parc national du Mesa verde distant de plus de 200 kilomètres. Traversée inoubliable du désert et halte « exotique » aux « Four corners », une attraction située en plein désert concentrant la frontière de quatre états : l’Utah, le Colorado, le Nouveau Mexique et l’Arizona. Moyennant 3 dollars de droits d’entrée, on peut ainsi poser pieds et mains dans quatre Etats. Cette attraction est en fait un véritable « attrape-touristes ». D’humeur ronchonne, je rêve de me glisser dans un lit. D’humeur ronchonne, j’enrage. C’est finalement en fin d’après-midi que nous arriverons au Mesa verde. A plus de 2 600 mètres d’altitude, la vue sur les sommets voisins est imprenable et magnifique. Migraineux, fatigué, susceptible, agacé et contrarié, je tarde à pleinement profiter du moment présent et à comprendre le privilège que j’ai de traverser les Etats-Unis d’Est en Ouest. Ce voyage est une véritable incitation à s’imprégner de la culture de l’Ouest américain. L’une des clés pour (enfin) comprendre cette région des Etats-Unis que Victoria a qualifiée de « wild, wild West »…
Stéphane DUGAST, à Cortez (Colorado)
Photographie de Christophe GERAL
Aujourd’hui, la « Soixante-Six » a soufflé le chaud et le frais ! Début d’étape caniculaire. Lever matinal pour photographier la ville touristique de Santa Fe. Route ensuite vers Albuquerque (prononcez à l’américaine : « Albakirki ») sous un soleil ardent. La route m’assomme. Le fléchage minimal complique la donne. Les pancartes « Route 66 » se font très rares. Malgré la lecture assidue des cartes routières et leurs inspections minutieuses, impossible de se repérer. « 3 heures de perdues » estimera a posteriori Christophe le photographe. « Les aléas de la Route 66 » philosopheront ses deux « routeurs ». Nord ? Sud ? Ouest ? Est ? Pendant 2 heures, j’ai la sensation étrange de toujours faire route vers le Sud. La « Soixante-Six » m’abrutit. Il fait chaud et soif. Une nouvelle fois, la Route 66 s’échappe pendant des miles et des miles avant de s’offrir de nouveau au moment le plus inattendu. A Albuquerque, la « Soixante-six » s’appelle la Central avenue. En l’empruntant dans les deux sens, nous avons ainsi pu admirer à loisir ses nombreux motels typiques dont la plupart sont désormais fermés.
Fin d’après-midi orageux. Ciel plombé et épais cumulus au-dessus de nos têtes. Le décor majestueux devient plus fade. Les villages mornes se succèdent. Les retards accumulés nous obligent à tracer. L’escale prévue dans la ville où à séjourné « Papa » (Ernest) Hemingway est annulée. C’est dans cette localité située en plein désert que l’écrivain a rédigé son roman « Le vieil homme et la mer ». La « Soixante-Six » souffle le laid après le beau. Heureusement, après les tergiversations routières dans Albuquerque, la Route 66 s’était montrée sous son meilleur jour. Longeant une ligne de chemin de fer, la route impeccablement rectiligne épousait le relief tout en se perdant dans l’horizon infini. Droit devant le guidon des motos s’étalait à perte de vue l’Amérique des grands espaces. Celle maintes et maintes fois vue sur petit et sur grand écran. Aujourd’hui, une part du rêve américain est devenue palpable.
Stéphane DUGAST, à Gallup (Nouveau Mexique)
Photographie de Christophe GERAL
On a perdu la « Soixante-Six » ! Une sortie ratée et des miles interminables à effectuer sur l’Interstate (traduisez « l’autoroute). Transit « pépère » tronqué qui nous a néanmoins permis de découvrir une autre facette de l’Etat du Nouveau Mexique dans lequel nous roulons. Dorénavant, les paysages qui défilent ressemblent à un décor de western. Etonnant, déroutant et à la fois grisant. Tablier rocheux à l’horizon, terres ocres, végétation rase, habitations rares ou routes longilignes se perdant dans l’infini de l’horizon. Bienvenue dans le Grand Ouest américain. Nous voilà plongés dans l’univers des films de John Ford ou celui de Blueberry pour les amateurs de bande-dessinnée. Escale ce soir à Santa Fé. Une cité réputée pour ses maisons traditionnelles en pisé de forme carrée. Depuis deux jours, l’influence mexicaine est partout palpable. Au restaurant puisqu’on le peut manger tacos, fajidas, burritos ou tortillas. On peut aussi écouter de la musique latino sur les ondes ou entendre de nombreux locaux parler dans la langue de Cervantès. Concernant cette nouvelle journée sur les motos – la huitième – elle a démarré chaudement à Tucumcari après quelques incompréhensions avec la serveuse du petit-déjeuner réclamant ses tips (pourboires) tout en menaçant d’appeler la police. Ses contrariétés réglées, nous avons mis le cap plein Ouest après une ultime traversée de Tucumcari afin d’immortaliser ses motels à l’architecture ancienne. Escale une cinquantaine de miles plus loin dans la localité de Santa Rosa. Visite du musée de l’automobile puis d’un restaurant typique avant de perdre la « Soixante-Six » et de finalement la retrouver pour les quinze derniers kilomètres de l’étape. Comme un ultime pied de nez…
Stéphane DUGAST, à Santa Fé (Nouveau Mexique)
Photographie de Christophe GERAL
Escale ce soir dans l’Etat du Nouveau-Mexique. Arrivée dans la localité de Tucumcari. Une ville qui a su préserver ses motels à l’ancienne. Première incompréhension avec un Américain, le patron d’un motel. Au moment où nous voulons photographier son enseigne lumineuse parmi les plus caractéristiques de la Route 66 (d’après les guides de voyage), le jus est coupé. L’enseigne est plongée dans le noir. Vite agir. D’emblée, je me présente à lui. Le courant ne passe pas. Un dialogue de sourd s’instaure :
- « Bonjour, nous sommes français et nous voudrions photographier votre enseigne…
- …C’est réservé à ma clientèle
- Nous sommes ici pour réaliser un livre dédié à la Route 66
- Je ne suis pas une entreprise de charité
- Pourriez-vous néanmoins allumer votre enseigne lumineuse pour un cliché ?
- Dans ce cas là, c’est payant ! »
Nous rebroussons chemin agacés. Cette rencontre est la seule du genre après 8 jours de plongée au cœur de l’Amérique. Contrairement aux idées reçues en France et en Europe, l’Américain est charmant et accueillant le long de la « Soixante-Six ». « C’est normal et évident. Tant de gens viennent nous rendre visite. Les touristes font vivre un tas de communautés » me précisera au cours de l’après-midi Frans, gérante d’un bar-boutique dédié à la Route 66, situé au milieu du parcours. D’ailleurs, nous sommes dorénavant plus proche de la côte du Pacifique que du lac Michigan. En Harley-Davidson, les jours ont défilé vitesse « grand V ». Au point que chaque matin, il est difficile de se remémorer les aventures de la vieille. Les nouveaux paysages effacent de notre cortex les anciens. Les rencontres se multiplient également, embrumant définitivement nos esprits. A l’heure des autoroutes réputées sûres en terme de sécurité, se donner le temps en arpentant la « Soixante-Six » a du bon. C’est à ce prix que cette voie routière devenue légendaire dévoile son Histoire, ses habitants et ses secrets.
Stéphane DUGAST, à Tucumcari (Nouveau Mexique)
Photographie de Christophe GERAL

« SUR LA ROUTE 66 – Carnets de voyage », c’est le titre d’un Beau-Livre à paraître en librairie à l’automne 2011. C’est également le fruit d’une aventure initiée par ESCEM PRO sur une route du monde mythique : l’US 66.
La route de l’écrivain John Steinbeck et de ses Raisins de la Colère, la route des vacances, du blues et de l’Amérique conquérante du vingtième siècle. Le 11 novembre 2011, la « Soixante-Six » va fêter ses 85 années d’existence. Axe routier octogénaire devenu légendaire, la Route 66 n’en a pas fini d’étonner les amoureux des voyages et des grands espaces…
EN LIBRAIRIE // SUR LA ROUTE 66 – Carnets de voyage. Photographies Christophe GERAL Récit Stéphane DUGAST Introduction Philippe LABRO (La Martinière éditions).



