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Rob KIRBY
«Cow-boy» à Williams (Arizona)
Au milieu des nappes à carreaux vertes et blanches, un client moustachu intrigue. Stetson vissé sur le crâne, chemise en coton épais, jeans et santiags avec éperons, l’homme entretient le cliché. Un cow-boy à Williams ! L’image est trop « kitsch ». Tandis que nous tergiversons, « notre » cow-boy s’engouffre dans… sa voiture. Rendez-vous raté ! Retour dans les rues colorées et photogéniques de cette localité baptisée ainsi en l’honneur d’un trappeur dénommé Williams, tombé sous le charme de la région au point de s’y établir. Nos flâneries nous mènent tout logiquement à un musée dédié à la ligne de chemin de fer desservant le Grand canyon, abritant comme souvent une boutique de souvenirs savamment achalandée. A Williams, la matinée va paresseusement s’étirer au point que nous décidons à l’unanimité d’y déjeuner. Read more
Robert Tottoonche
National Park Ranger au Walnut Canyon
« Si j’ai choisi ce métier, c’est pour être proche de la Nature et contribuer à sa préservation . La transmission de ce patrimoine est importante. Quant à la route 66, elle avait déjà disparu depuis belle lurette à ma naissance ! Je sais donc juste qu’elle traverse Flagstaff et qu’elle finit à Los Angeles ! »
Retour sur la « Soixante-Six » après près de 80 miles de transit « sans réel intérêt » selon Christophe le photographe. Vertes prairies, montagnes arrondies, forêt d’épineux, on se serait presque cru dans le Jura ! Au terme de cette traversée « alpine », arrivée à Flagstaff, une localité traversée par la route 66. Nous retrouvons nos marques et les panneaux « Route 66 Historic ». Nos pérégrinations dans les parcs nationaux, dont le grand Canyon, nous ayant obligés à effectuer un long détour, nous avons tronqué la « Soixante-Six » de 130 miles. Aussi, décidons-nous de remonter l’US 66 à l’envers. Read more
Photographie de Christophe Géral
Impossible de manquer « Jipé » (alias Jean-Pierre) et son groupe arrivés depuis quelques minutes. D’abord, « Jipé » est un guide touristique reconnaissable entre mille. Casquette aux motifs indiens vissés sur le crâne, short et tee-shirt de couleurs criardes, Jipé déambule sur les chemins rocailleux… pieds nus ! « Une question d’habitude ! C’est avant tout une façon d’être en lien direct avec les éléments » a-t-il précisé d’emblée à ses clients éberlués et vite admiratifs.
Le guide leur a ensuite raconté le site du jour : « Face à vous, vous avez le Grand Canyon vieux de 60 millions d’années. Avant c’était une mer ! ». Ses « disciples » l’écoutent benoîtement avant de s’enhardir à poser des questions souvent saugrenues. Sourire en coin et œil séducteur auprès de ses clientes âgées, Jipé rassure, Jipé assure. Aux commentaires trop à l’emporte pièce, le « guide-aux-semelles-de-vent » tempère : « Ne dites pas n’importe quoi ! Je fréquente les lieux depuis 35 ans. Je suis incollable !». C’est alors que le guide dégaine en égrenant sa discussion d’une multitude d’anecdotes, de chiffres et de comparaisons. Les dimensions gigantesques du Grand Canyon s’étendant sur environ 450 kilomètres de long. Sa profondeur moyenne de 1 300 mètres avec un maximum de plus de 2 000 mètres. Sa largeur variant de 5,5 kilomètres à 30 kilomètres. Si le Grand Canyon n’est pas plus profond, ni le plus imposant des canyons terrestres, ce site permet assurément de raconter l’histoire géologique de l’Amérique. « Regardez les strates rocheuses, c’est un livre ouvert ! ». Une poignée de clients écoute désormais les explications éclairantes de Jipé tandis que les autres ont déjà filé en contre bas afin d’admirer un nouveau panorama. Tandis que tout le groupe s’esbaudit du spectacle offert, le guide frenchie réapparaît sur un rocher voisin inaccessible à moins d’un bon de géant depuis le sentier où je suis posté (…) »
Extrait de SUR LA ROUTE 66 – Carnets de voyage (La Martinière éditions)
Photographie de Christophe GERAL
Plein les « mirettes ». Et plein les bottes ! Journée dédiée à la visite de Monument Valley. Un coin d’Arizona symbolique de la culture américaine. Soient trois pitons rocheux situé au cœur d’un vaste canyon. Un paysage pittoresque et cinématographique à souhait dont Hollywood s’est rapidement emparé. « Ici, c’est la maison de John Wayne », claironne Christophe le photographe avant de s’étonner que les plus jeunes ne connaissent pas ce comédien emblématique des westerns réalisés dans les années 1960. Notre complice, Olivier, opine dans un tic de langage qui lui est familier : « J’avoue, c’est magique ! ». De mon côté, je me remémore les westerns diffusés lors de l’émission TV « La dernière séance » le mardi soir. Mr Eddy, ses rouflaquettes, son cinéma à l’ancienne, ses « bonnes paroles ». Cow-boys, indiens, John Ford, John Wayne… Justement à Monument Valley, la réalité dépasse la fiction. Les paysages offerts depuis le belvédère sont magiques et emprunts de spiritualité. Pour la descente dans le canyon spectaculaire, nous empruntons tous la « Vallée des Dieux». Cette scenic road est en fait une piste cahoteuse serpentant entre les pics et les éperons rocheux. Plus de deux heures trente de ballade en plein cagnard à évoluer sur une piste peu compatible avec le comportement routier des motos Harley Davidson. Traversée cependant sans encombre de la vallée des Dieux. De leurs côtés, Christophe mitraille. Olivier écrit. Moi je regarde et j’écoute. Ce n’est finalement qu’en fin d’après-midi que nous nous sommes rendu au monument Valley afin d’assister au coucher de soleil sur ce paysage unique au monde. En traînant nos guêtres après le coucher du soleil, nous avons eu le privilège de vivre des petits bonheurs comme ce vieil indien jouant des airs locaux avec sa flûte. C’est finalement sous une voûte céleste parsemée d’étoiles que nous rentrons avec Christophe au motel, tout en écoutant à tue-tête des morceaux de blues joués par BB King. L’american way of life (l’art de vivre US) paraît-il ?
Stéphane DUGAST, à Kayenta (Arizona)
Nouvelles infidélités à la « Soixante-Six » pour se rendre aujourd’hui dans le parc national du Mesa Verde (le «plateau verdoyant»). Réveil aux aurores. A 6 heures pile-poil pour un départ en moto à 7 heures. Ultime crochet par le canyon de Chelly que nous avons visité la veille par le Nord-Est. Cette fois, nous nous y rendons par le «chemin des écoliers» repéré la veille par Olivier notre fidèle motard accompagnateur. Spectacle vertigineux. Les à-pics sont saisissants. La lumière matinale a comblé Christophe le photographe ainsi que Fabien et Julie qui ont décidé de nous accompagner tout au long de cette chaude journée. En effet, il a fait chaud sur la route toute la sainte journée. Un vrai cagnard. 9 heures, halte à proximité d’un bâtiment pompeusement baptisé « Changing women café ».
Les pancartes plantées à proximité annonce la vente de café expresso. Cette « escale » soufflée par Julie va finalement s’avérer insolite. Nos motos à peine stationnées, la propriétaire nous fait signe de venir. Ses deux chiens se précipitent à ma rencontre. Je n’en mène pas large. D’apparence méchants, les chiens vont finalement s’avérer affectueux. La « maître des séans », cheveux longs bruns cachés derrière un bandana rouge, m’accueille chaleureusement :
- « Bonjour, je m’appelle Victoria Begay et je suis la propriétaire des lieux. Bienvenue à Chelly. Vous voulez ?
- Un espresso.. pour moi et mes amis ».
Mon regard brillant traduit sûrement mon envie d’un vrai café. J’en ai marre des insipides regular coffees servis partout. Je démarre mon interview en trombes quand les autres débarquent. Petit-déjeuner improvisé au rythme de tubes sirupeux dont des envolées lyriques de Céline Dion. Heureusement, les muffins de Victoria sont délicieux. Son expresso à 3 dollars pièce également. La discussion s’anime. Victoria est d’accord pour une séance photo avec son cheval. Victoria n’aime pas attendre. A peine sortie, la voilà déjà sur Jingle Bell, son cheval qu’elle monte à crû. Séance de photo précipitée. Victoria décide d’aller galoper le long de la rivière avant de rapidement se raviser :
- « J’ai une affaire à faire tourner. Des fois que des clients viendraient… »
Sur le chemin du retour, entretien sur le pouce pour en savoir plus sur Victoria, sa vie, ses projets et la culture navajo. L’an prochain, le café « Changing woman café devrait s’agrandir et accueillir des chambres d’hôtes. Victoria est formelle :
- « Revenez dans un an et vous verrez ! » précise la cavalière navajo toujours autant énergique et prompte à enchaîner les activités.
Malgré cette rencontre étonnante, il nous faut pourtant vite filer afin de rejoindre le parc national du Mesa verde distant de plus de 200 kilomètres. Traversée inoubliable du désert et halte « exotique » aux « Four corners », une attraction située en plein désert concentrant la frontière de quatre états : l’Utah, le Colorado, le Nouveau Mexique et l’Arizona. Moyennant 3 dollars de droits d’entrée, on peut ainsi poser pieds et mains dans quatre Etats. Cette attraction est en fait un véritable « attrape-touristes ». D’humeur ronchonne, je rêve de me glisser dans un lit. D’humeur ronchonne, j’enrage. C’est finalement en fin d’après-midi que nous arriverons au Mesa verde. A plus de 2 600 mètres d’altitude, la vue sur les sommets voisins est imprenable et magnifique. Migraineux, fatigué, susceptible, agacé et contrarié, je tarde à pleinement profiter du moment présent et à comprendre le privilège que j’ai de traverser les Etats-Unis d’Est en Ouest. Ce voyage est une véritable incitation à s’imprégner de la culture de l’Ouest américain. L’une des clés pour (enfin) comprendre cette région des Etats-Unis que Victoria a qualifiée de « wild, wild West »…
Stéphane DUGAST, à Cortez (Colorado)
Photographie de Christophe GERAL
Premières infidélités à la « Soixante-Six ». Aujourd’hui, cap au Nord pour visiter le canyon de Chelly, situé dans la réserve naturelle des indiens navajos. Nouvelle étape, nouveaux paysages, nouvel Etat. Nous roulons désormais sur les routes de l’Arizona. Aujourd’hui, deux options s’offraient à nous. Une route directe vers le Sud plus directe et une route par le Nord-Est réputée plus spectaculaire. Nous avons bien évidemment opté pour la seconde option plus propice en rebondissements et a priori plus variée en paysages. Les kilomètres se sont ainsi enchaînés dans un paysage idyllique. Aux rochers majestueux plantés au milieu de prairies verdoyantes ont succédé un lac rouge (red lake) et des forêts de résineux. Visions inattendues. A midi, halte pittoresque dans une station service pour un déjeuner improvisé. Entretien express avec une policière labellisée « Police – Navajo nation ». Sur la route, la chaleur n’est plus accablante. Sur les motos, la petite laine n’est d’ailleurs pas superflue lorsque le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Sans nous en rendre compte, nous sommes passés de 400 mètres à 1 600 mètres d’altitude. Nous étions d’ailleurs « perché » à presque 1 800 mètres d’altitude sur les aplombs du canyon. Tout là-haut, le spectacle a été saisissant. Seul un orage soudain est venu troublé un instant notre enthousiasme. En bourlingueur avisé, Christophe le photographe nous avait prévenu : « Après la pluie, le soleil. Le canyon n’en sera que plus beau avec les rochers mouillés que le soleil ne manquera pas de faire luire ». Bingo ! Les prévisions de Christophe se sont avérées exactes. Après l’orage, le canyon Chelly a brillé de mille feux et fait étalage de sa beauté. Insatiables, certains ont même prolongé leur séjour sur place jusqu’à la tombée de la nuit. Un journée can(y)on en somme !
Stéphane DUGAST, à Chinle (Arizona)
Photographie de Christophe GERAL





