L’aventure
De Chicago à Los Angeles en moto Harley Davidson. Sur une route mythique via un crochet dans le Grand Ouest. Plus de 6 300 kilomètres à parcourir. Une aventure en quête de sens, de rencontres et d’imprévus…
Il y a plusieurs raisons à faire la Route 66. D’abord celui de vivre le rêve américain de « plain-pied ». On aurait pu emprunter cette route mythique en voitures, en Chevrolet Corvette ou en Ford Mustang. Mais c’est en deux roues, sur de légendaires Harley Davidson, que nous allons faire la Route 66, animés par l’esprit des pionniers.
Long ruban asphalté s’étendant sur près de 4 000 kilomètres, la Route 66 traverse l’Illinois, le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau Mexique, l’Arizona et la Californie. Première route transcontinentale américaine construite dès la fin des années 1920, la Route 66 parcourt ainsi le cœur des Etats-Unis, de Chicago à Los Angeles, occupant une place centrale dans l’Histoire et la culture US depuis près d’un siècle.

L’écrivain John Steinbeck l’a magnifié dans son roman Les raisins de la colère, porté à l’écran par John Ford, personnage phare du cinéma hollywoodien. Baptisée « la route-mère », en hommage à ces millions d’exilés de la Grande Dépression en quête d’un avenir plus radieux à l’Ouest, la route 66 va connaître un incroyable essor durant l’après-guerre.
Grâce au progrès de l’automobile et au tourisme de masse, des centaines de motels, de cafés, de stations-service, d’enseignes, d’attractions touristiques et de boutiques de souvenirs vont fleurir le long de cette voie de communication. Autant de symboles éclatants du way of life américain que cinéastes, musiciens et artistes ne manqueront pas de célébrer. Ray Charles, les Rolling Stones, Chuck Berry ou Nat King Cole chanteront la Route 66. La parution d’un ouvrage comme Sur le Route de l’écrivain-voyageur Jack Kerouac, manifeste de la beat generation, achèvera de forger le mythe.

Pourtant, à compter du développement des autoroutes inter états dans les années 1970, la Main Street of America va progressivement perdre de son utilité. De nombreux tronçons vont être utilisés pour y construire des autoroutes plus larges et plus sûres. Ailleurs, l’usage de la « 66 » redevient majoritairement local. Des commerces et des villages sont ainsi abandonnés. D’innombrables villes fantômes longent désormais la vieille route, figeant ainsi définitivement le mythe Route 66.
Définitivement déclassée en 1985, la route sixty six va tomber à l’abandon jusqu’à ce que des passionnés n’entament récemment sa reconquête en signalant les portions restantes. Pour eux, cette route fait partie intégrante du patrimoine américain. Le voyage de l’est vers la côte ouest constitue un mythe fondateur des Etats-Unis.

De la Route 66, que reste-t-il réellement aujourd’hui ? Des vestiges d’une époque révolue, symboles d’une Amérique conquérante ? De rares fragments préservés et désormais fléchés sous le nom d’Historic Route 66 ? Des traces infimes que ses habitants, laissés pour compte du monde de la finance ou de la haute technologique, survendent à des touristes nostalgiques ?
Animés par l’esprit des pionniers et curieux de partir à la découverte de ces gens qui continuent de perpétuer l’Esprit « Route 66 » , nous avons voulu en savoir plus sur cette route légendaire et ses mythes. Notre voyage, façon road movie, est ainsi devenu une véritable odyssée…
Stéphane DUGAST
Photographies de Christophe GERAL
